mardi 8 mai 2007

Paul Laffoley


Paul Laffoley est un original.

Je ne m'attarderais pas sur l’implant (extraterrestre) retrouvé dans le lobe occipital de son cerveau en 1992 ou encore, plus récemment, sur sa tentative d’exorciser le démon logé dans une de ses jambes cassée après un accident, car ce qui m'intéresse ici, chez cet ancien architecte devenu peintre, ce sont avant tout ses toiles et ce qu’elles nous disent, à leur manière, sur la posthumanité.

En tout état de cause, ce qui frappe en premier lieu dans son œuvre, c’est la forme. Des plans, des diagrammes, des schémas, des mesures, des gradients, des taux, des flèches, des cercles, des triangles, des cases, des colonnes… Rien de flou dans ces compositions. Le hasard n’y a pas sa place. Les traits sont fins, précis, exacts, les couleurs souvent vives, opaques ou transparentes ; enfin on y trouve, au détour d’une courbe ou d’un angle, des mots, des phrases, des explications, des descriptions. C’est dire si tout cela sert un propos.


En fait de propos, ce qui anime ces toiles ressemble davantage à une vision. Si la composante mystique qui s’exprime à travers l’utilisation de toute une symbolique héritée de traditions religieuses diverses, occultistes, alchimiques ou encore kabbalistiques, est clairement présente dès ses premiers travaux, celle-ci s’est trouvée progressivement couplée à des éléments empruntés à un imaginaire technologique.

On commence alors à saisir une vue d’ensemble. Et si finalement toute cette géométrie n’avait d’autre but que d’encadrer une vision par nature débordante et fuyante ? Tout l’art du peintre aura alors été de canaliser puis de déposer sur le canevas de la manière la plus concise possible une perception du monde tel qu’il est et tel qu’il pourrait être ; donner une rationalité à l’irrationnel, une forme à l’informe, une matière à l’éther.


Machines à voyager dans le temps (The GEOCHRONMECHANE, The Earth Flower), moteurs organiques, maisons biologiques qui poussent toutes seules (Das Urpflanze Haus), technologies aux noms improbables, SOLITRON, LEVOGYRE, THANATON, il y a dans l’œuvre de Paul Laffoley comme le désir de représenter sous une forme par nous admissible, un savoir venu d’ailleurs, du fin fond du cosmos, du futur ; expériences d’une mise en transcendance et d’un message à transmettre.

Ses tableaux comme autant de « blueprints » pour construire un avenir aux allures de rêveries d’ingénieur élevé avec Isaac Asimov et Philip K. Dick. Des tableaux comme des catalyseurs, des modules de contemplation, mais d’abord des plans, des schémas, des indications pour agir, bref, des fenêtres outillées sur un futur qu’il nous appartient de bâtir en toute humilité au sein d’un univers dont on nous donne à voir en même temps la toute-puissance occulte.


L’œuvre de Paul Laffoley présente toutes les caractéristiques d’une hybridité maîtrisée, au service d’une vision mutante en pleine résonance avec les bouleversements de la deuxième moitié du XXème siècle dont la cyberculture – auquel je rattache notre homme – s’est fait l’un des creusets.

Des tableaux comme de grands paradoxes en couleur où les rêves de la Science-fiction la plus contemporaine côtoient les enseignements d’une mystique venue du fond des âges. Et si c’était cela aussi la posthumanité ?


http://laffoley.com/index2.html

http://www.myspace.com/paullaffoley

http://www.laffoleyarchive.com/




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