Paul Laffoley (2)
(...) les deux figures les plus répétées dans la figuration utopique : le cercle et le carré. Alors que le cercle ou la sphère, même s'ils s'accompagnent d'ondes concentriques, supposent l'unicité parfaite d'un noyau, le carré contient, lui, d'autres carrés. Le carré suppose la division et le multiple. Il en est de même pour son avatar, le rectangle.
Visuellement, le carré exprime l'égalité. Il est la case. Il prend en compte le nombre identique, répété. Il n'est pas un encodage numérique à l'alternance idoine 0/1, il est un module parfait multiplié. (...) Il est à cet égard significatif d'observer à nouveau les liens puissants entre la géométrie, l'architecture et l 'utopie. L'utopie formant une construction idéale de la société, elle est exprimé à travers la correction "parfaite" de la nature grâce à la main humaine, c'est-à-dire la construction par le savoir mathématique d'éléments aux propriétés "hors de l'observation".
(...) L'utopie se veut un aboutissement pour la fin des temps dont le modèle reste conceptuel. (...)
Il existe, disons-le, un hiatus constant entre l'opinion commune - confondant l'utopie et le rêve, l'imaginaire, le coq-à-l'âne surréaliste - et les figurations réelles ou projetées des sociétés à visée utopiques, c'est-à-dire prétendant constituer une fin de l'histoire, un aboutissement, un non-devenir. L'utopie se forge exactement aux antipodes des principes de l'évolution, elle est anti-darwinienne."
Laurent Gervereau, "Une faillite symbolique : l'utopie face à ses représentations, in L'Utopie. La quête de la société idéale en occident, (dir. Lyam Tower Sargent et Roland Schaer), Paris, Fayard-BNF, 2000, p. 347-348
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